01-14, Un thé à Guimet (5)

Une exposition tout entière consacrée à la culture du thé en Asie: c'est le cadeau du  musée national des arts asiatiques Guimet pour la fin 2012.

Le sujet est si vaste. C'est une gageure de l'aborder dans l'espace d'un musée. De doser ce qui fera, dans le propos du thé, le plaisir des sens et la satisfaction de la curiosité. Traiter de la vigne et du vin dans le monde méditerranéen et l'Europe depuis l'Antiquité pourrait donner une jauge de la somme dans laquelle la matière est puisée.

La réponse de Guimet à cette gageure est une sélection très pointue, strictement liée au thé, parmi ses collections de vaisselle, objets et peintures, enrichie de quelques prêts remarquables. L'initiation au thé se joue sur les éclats furtifs des céladons, des porcelaines, des raku, dans la pénombre chère à Tanizaki et aux maîtres de thé japonais. On peut se satisfaire très largement de les effleurer des yeux en imaginant tout le plaisir qu'on y a trouvé à déguster du thé avant qu'ils ne deviennent objets de musée. Voir encore, mais aussi écouter Maître Tseng Yu Hui, filmée par Tran Anh Hung, le réalisateur de L'Odeur de la papaye verte, énumérer les notes aromatiques d'un thé dans l'écho de ses réminiscences. , vous pourrez entendre le réalisateur et la maître de thé.

Aussi, grâce à un partenariat exceptionnel avec le Palais des Thés, goûter des yeux et du nez l'arc-en-ciel des thés , et du palais enfin, avec le mélange fabriqué pour ce thé d'exception à Guimet. Un thé bleu, en clin d'oeil à l'outremer artificiel inventé par le père d'Emile Guimet, dont les collections sont à l'origine du musée national des arts asiatiques.

 

Et, une fois satisfaits tous ces sens, de retour chez soi, on profitera de la lumière retrouvée et de la tranquillité pour boire à petites gorgées les "histoires de cette boisson millénaire" dans le livret gracieusement offert au visiteur. Que l'on peut également télécharger ici.

 

Je m'arrêterai à ce compte-rendu d'exposition pour ce premier billet sur le thé. C'est un sujet sur lequel je suis intarissable.

Pour clore cette visite sensorielle du thé à Guimet, je vous laisse sur l'idée d'un délice  :

En été, quand les lotus commençaient à fleurir, Yun emballait quelques feuilles de thé dans un petit sachet de gaze, qu’elle allait déposer le soir dans une corolle de lotus avant que la fleur ne se refermât, et le matin dès que le lotus se rouvrait, elle reprenait le sachet ; avec de l’eau de source, nous en faisions alors un thé dont l’arôme était d’une délicatesse suprême.

Et sur cette image, qui dit que le temps du thé ne s'embarrasse pas forcément de vaisselle sophistiquée

 

LMouton-CH-Yunnan (36)

 

 

Notules

L'extrait cité est tiré du journal de Shen Fu (1763-1810?). Secrétaire auprès du tribunal de Suzhou, commerçant à ses heures (il faut bien vivre...), il relate délicieusement les menus faits de sa vie dans ce journal. Yun est son épouse. Sa chère disparue à l'heure où il écrit. D'elle, il laisse le portrait d'une forme de messagère des fleurs. Elle en connaît les secrets et les caprices, et excelle dans l'art de leur arrangement. Le journal de Shen Fu s'inscrit dans la lignée des Carnets secrets de Li Yu (dont il est question dans ce billet-ci et dans ce billet-là). Il en existe, à ma connaissance, deux traductions en français. Celle que je préfère est celle de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys. Elle a été publiée chez Christian Bourgois en 1982, sous le titre de Six récits au fil inconstant des jours.

Les illustrations proviennent du catalogue de l'exposition de Guimet : Branche de théier impérial en fleurs,de Qian Xuan (c. 1235-1301), Cat. 3 ;  Théière en porcelaine, décor "graviata" sur fond d'émail rose, Jingdezhen, période Qianlong (1736-1795), Cat. 32. La théière a été revue en infusette selon un procédé qui date de la période 'Madame Poc' de la Fabrique à images. De la même période date un petit illustré poétique autour des origines du thé, dont les pages sont visibles dans l'album photos Voyage aux sources du thé.
La Fabrique à images est très honorée que ce récit à ficelle ait retenu l'attention du Palais des Thés pour servir de fil, justement, à l'espace enfants de son initiation au thé à Guimet. Le voici, dans la scénographie imaginée par Emmanuel Stolz, avec deux de ses principaux personnages: le bonhomme thé et le sage Bodhidharma

 

 

ScénoGuimet

 

La photo du verre de thé est de Laurence, ma chère compagne de voyage, dont on peut savourer ici toute la sensibilité. C'est une des illustrations du journal des thés chinois de printemps de Voyages aux sources du thé, notre grand reportage sur le monde du travail du thé en Asie. Ce livre, publié par les éditions du Chêne en 2006, est malheureusement indisponible aujourd'hui. Je m'attache à le faire vivre en dépit de sa disparition des linéaires. Grâce aux archives du Web, vous pouvez lire le papier que lui avait consacré François-Régis Gaudry dans le supplément 'Styles' de L'Express au moment de sa parution. Et si certains d'entre vous étaient intéressés, il existe toujours un stock de cet ouvrage, caché dans une ancienne abbaye du Tarn-et-Garonne. Me contacter.

Dépêchez-vous si vous n’avez pas vu cette exposition. Elle a été prolongée jusqu’au 28 janvier. Il ne reste donc qu'une dizaine de jours. A l'occasion de ce billet enfin, je mets en ligne une page d'événements : L'agenda de L'Oeil.