Je pénètre dans les rayons
où tous les livres ont des pousses
où les lettres sont des insectes
où les titres sont des parfums
que brassent les vents de lecture
dans la tête des écoliers
qui ont su ne pas renoncer
malgré les passages d'années
aux escalades dans les branches
au savoir et de l'ignorance
inventive guettant aux cimes
dangereuses de la recherche
oscillant au monidre soupir
les aventures des châteaux
les navires en découverte
les atlas des explorations
les dictionnaires des planètes
les celliers des langues anciennes
les volières du temps qui passe
les clefs des songes et des veilles

Michel Butor, "Brocéliande", L'horticulteur itinérant, Melville [éditions Léo Scheer], 2004

Arcane (75)

 

Urgence oblige. Je dois tirer un pan de réalité au beau milieu de la poésie de L’Œil Végétal.

C’était avant L’Œil Végétal et La malle d’Henri. Ça s’appelait L’arcane de la porcelaine.
Un petit livre, une longue nouvelle, publié par Culture et Patrimoine en Limousin, une édition associative. Ou plutôt trois nouvelles enroulées autour de la fin d’un secret, la fin d’un mystère : le procédé qui permet la transmutation de la terre en porcelaine.
À l’aube des Lumières, la petite mécanique du hasard offre un coup double à l’Europe : le procédé est découvert en Saxe et percé en Chine, laquelle détenait la clé de la fabrication de l’or blanc depuis près de dix siècles.

De Dresde à Leningrad, en passant par les berges du lac Boyang en Chine, la fièvre de l’or blanc précipite trois destins dans le tourbillon de ses prodiges : celui de Frederick, alchimiste prisonnier du prince de Saxe, celui de d’Entrecolles, missionnaire zélé, et celui de Tania, conservatrice au musée de l’Ermitage éprise d’une volière d’oiseaux de porcelaine.
Avant La malle d’Henri, L’arcane de la porcelaine joue aux cartes des destins croisés sur l’échiquier du vaste monde...

Or, hier, un courrier en recommandé m’a annoncé la liquidation prochaine des stocks de ce petit livre. L’arcane ne sera plus. C’est depuis longtemps la misère paradoxale d’une majorité d’ouvrages. Le flot fou, intarissable et exponentiel des nouvelles publications étouffe les anciennes, les voue à l’invisibilité. Or un livre devenu invisible est un livre qui ne se vendra plus. Et qui pèse dans la balance économique de tout son poids de papier, de toute son encombrante matérialité : stockage, manutention, transport = coûts. Et toc ! Liquidation ou pilon !

J’ai le goût des livres. Leur triste sort m’afflige. J’en achète, bien plus que je n’en vends. J'en montre, j’en sauve. Et puisque aujourd’hui il y a L’Œil Végétal, je me suis dit qu’avec un billet, je pouvais offrir à L’arcane de la porcelaine une dernière vitrine sur la Toile, un regain de visibilité, un supplément de vie avant l’anéantissement de cet enfant de papier.

Vous le connaissez ? Vous l’avez lu ? Alors offrez-le, faites le connaître autour de vous. Vous ne l’avez pas lu, et vous avez adoré le dernier épisode de La malle d’Henri ? Il vous faut ce livre absolument ! Vous lisez peu, et des livres rarement ? Celui-ci est petit justement. Il se glisse dans le temps comme une lecture de trajet. Vous ne lisez jamais ? Ah bon, tant pis. Mais il y a certainement des lecteurs parmi vos amis...

Faites vite ! Les jours de L’arcane sont comptés... Il suffit de vous rendre ici, de glisser d’un clic le livre dans votre panier et d’en acquitter le prix. Soit 12 euros + 2,50 euros de frais de livraison et traitement. Un supplément de vie de livre, un souffle pour 14,50 euros. Merci !

Arcane (22)