Luo Ping (1733-1798), Deux sages en promenade

Le matin, on se lève moins tôt ; on s’attarde, dans la chambre close, aux soins de la toilette ; et pourtant la nature est jolie, la rosée semble du vermillon sur les feuilles rougies ; on fait un peu de musique, on taquine les grues, on joue à lancer des palets dans la coupe d’un trépied ; midi arrive doucement, on utilise l’enveloppe des graines de lotus pour nettoyer la pierre où l’on fait son encre de Chine, on met en état son service à thé ; après-midi, on sort, et abrité par un chapeau de bambou blanc, on va contempler le spectacle toujours tristement attachant des feuilles tourbillonnantes qui semblent vouloir faire à la terre un manteau contre les froids prochains ; quelques uns profitent de la circonstance pour commettre des vers ; au soleil couchant, on regarde l’eau égayée parfois par la lutte d’un crabe et d’une perche ; les éventails, devenus inutiles, vont rouler dans les fleuves jusqu’à la mer, coquillages d’un nouveau genre.

Il fait frais, c’est l’occasion d’essayer le nouveau vin chaud, mais il monte à la tête, et bientôt on entend d’invisibles insectes bourdonner aux quatre coins de l’horizon et le bois du feu chanter des chansons étranges.

Le soir, après avoir salué la lune, on arrange ses chrysanthèmes et on accorde sa cithare.

Luo Ping (1733-1798), Taverne en vue

Notules

Cet emploi du temps automnal est extrait du manuel de jardinage de Chen Haozi, le bouquin chinois découvert à Paris par Jules Halphen dans l'ancienne bibliothèque de deux marchands de thé.

Les deux peintures sont de Luo Ping 罗聘 (1733-1798) et sont conservées dans le studio Rongbao 荣宝斋 à Pékin. La première s'intitule Deux sages en promenade. La seconde Taverne en vue !. L'une et l'autre ont été puisées dans le délicieux livre de François Cheng dont il est question à la lisière du vaste été.