13-11-07, Avec les orchis (1)

Seule, je ne peux l’être —
Car des Multitudes  — me rendent visite  —
Compagnie non Archivée  —
Qui se rit des Clés  —

Ils n’ont ni Robes, ni Noms  —
Ni Calendriers  — ni Contrées  —
Mais leur Foyer est universel
Comme celui des Gnomes  —

On peut savoir, quand ils arrivent
grâce au Courrier intérieur —
On ne peut savoir —quand ils partent —
Puisque jamais ils ne s’en vont —

Emily Dickinson, Poésies complètes, 1862. Traduction Françoise Delphy

Notules

Quand j’ai publié ces images du toit du garage, je ne les avais pas remarqués. Malgré leur vêture d’iris printanier qui détonne dans les tonalités d’automne. Deux Orchis en train de jouer... Les plus végétales de toutes les créatures végétales.

 

13-11-10, Avec les orchis (2)

 

Une note à propos des Orchis (les points de suspension entre parenthèses indiquent des passages devenus illisibles) :

 (...) À l’adolescence, les jeunes Orchis sont retirés à leurs parents pour être initiés. Cette période de leur vie se déroule en milieu aquatique, comme au temps des tous premiers organismes végétaux. Dans le silence de l’eau, filles et garçons apprennent la maîtrise du corps et les mouvements indispensables à l’exercice de leurs arts martiaux. À l’issue de cette période d’initiation, les Orchis sont propulsés dans l’âge adulte au cours d’une grande cérémonie d’investiture. Ils reçoivent le masque qu’ils porteront leur vie entière (...)

Sélectionnés par les shamans, les masques (...) du règne végétal. Ils proviennent d’une plante appelée Lunaria (...) L’apposition s’assimile à une sorte de greffe. Le masque fraîchement cueilli se soude au visage de l’Orchis. Par osmose, il en épouse les contours et les traits. Quand il se fige enfin, c’est pour toujours. Sa vie durant, l’Orchis gardera ce visage impassible et immuable, qui soustrait son porteur aux outrages du temps (...) Le visage de l’Orchis (...)

La mort seule rompt le sortilège. L’osmose avec le visage cesse et le masque se détache comme les membranes des siliques de Lunaria dont il est tiré. Lors d’une ultime cérémonie, le masque de l’Orchis défunt est porté dans une sorte de mémorial appelé Maison des Masques, où il est accroché aux côtés de ceux de ses ancêtres.

 

13-10-11, Recordless Company

 

D’où vient cette note ? Et ces aquarelles ? Mais de La malle d'Henri bien sûr !

Quel dommage, quand même, qu'avec tous ces atermoiements ce feuilleton haletant se retrouve enlisé dans l’indifférence quasi générale. Qu'y faire ? Agiter une breloque hypnotique comme le font certains? Peuh ! Quand bien même ils restent cois, L’Œil Végétal a bien trop de respect pour ses lecteurs. Pourtant, et ces quelques lignes en témoignent, cette malle recèle tant de prodiges, tant de mystères. Cette histoire de masque est tout de même inouïe. Et elle est loin d'être la seule, croyez-moi. En tout cas, ce ne sera pas faute de vous avoir prévenus. Comme ici. Ou .

 

13-11-10, La malle d'Henri