14-12-13, A la Sainte-Luce (4)

Un peu de Pourpre — glissé entre les deux —
Une Culotte de Rubis — enfilée à la hâte —
Une Vague d’Or — un Glacis de Jour —
Voilà ce qui fait le ciel du matin !
[1861
Emily Dickinson, Poésies complètes, traduction Françoise Delphy, Flammarion, 2009]

14-12-13, A la Sainte-Luce (3)

Nous y sommes enfin. À la Sainte Lucie. Chaque soir désormais le jour prend à la nuit une seconde de lumière. À la porte de l’hiver. Tout petit pas de la puce volé à la Sainte Luce. Ma grand-mère m’a enseigné ce sort pour conjurer la nuit de décembre. Il sonne encore à mes oreilles dans les bouts rimés du patois limousin.

14-12-13, A la Sainte-Luce (6)

Certes, la ouate persistante de ces jours derniers ne rend pas flagrant le petit pas de la puce de la Sainte-Luce. Mais il s’est déroulé aussi dans la périphérie du matin et la lisière du soir des déploiements de lumière admirables, des étreintes passionnées entre le feu solaire et l’eau des nuées qui imprimaient là-haut un mystère émouvant comme un tableau. Le plus beau de ces spectacles a eu lieu avec une exactitude horlogère : au soir de la veille de la Sainte-Luce. Pas de photo. Ce fut aussi le moment choisi par un aimable voisin pour me livrer un cœur de balle de paille. Des yeux, j’ai bu jusqu’à la dernière goutte l’or, le rubis et la pourpre qui glissaient vers l’ombre à la fenêtre de l’horizon. C’est en digne fourmi que j’entre dans cet hiver-ci : j’ai en magasin une provision d’éclats de lumière et suffisamment de paille pour chausser contre le froid les fleurs fragiles du jardin.

14-12-13, A la Sainte-Luce (2)

D’après l’agenda de la ritournelle, le prochain allongement de jour aura lieu à Noël. Nadau qui en patois limousin rime avec jau, le jars. Et hop ! D’une envergure de patte de jars, le pas, cette fois ! Puis, c’est à l’An Neuf que le jour fait un bond. D’un pas d’élan dit la rime limousine. À la fête des Rois enfin, hosanna ! Car, le jour, tout le monde le connaît. La nuit aura marqué le pas jusqu’à l’été prochain.

Notule

Je ne me risque pas au résumé maladroit de l’équation du temps qui fait qu’à la Sainte Luce le jour gagne sur le soir. La physique céleste fait tourner ma pauvre tête. Les esprits curieux trouveront un exposé clair sur cette page. à compléter avec la lecture de l'article de F. Biraud Le souvenir du calendrier julien dans les traditions populaires. Il existe même des puces lucéennes. Ce qui est très joli mais a peu à voir avec l'objet de ce billet hormis Sainte-Luce.

14-12-13, A la Sainte-Luce (1)