La passagère du Surinam

En juin 1699, Anna Maria Sibylla Merian quitte Amsterdam en compagnie de sa plus jeune fille, Dorothea, pour explorer les pages du livre de la Terre à l’autre bout du monde. Elle a 52 ans. Une passion pour la vie des insectes et des plantes. Le Surinam est sa destination. Pour l’atteindre, elle a vendu sa collection de naturalia, des insectes collectés depuis son adolescence en Allemagne, et la plupart de ses peintures. Et laissé derrière elle le réseau des relations amsterdamoises.

Fille d’un graveur de Francfort-sur-le-Main, épouse du peintre Johann Andreas Graff, avec qui elle s’établit à Nuremberg en 1665, Anna Maria est une artiste accomplie dans la représentation des choses de la nature. En peinture, c’est toujours la vogue des vanités. Issues de l’univers des cabinets de curiosités et autres Schaftzkammer dans l’Europe de la Renaissance, ce sont de grandes compositions allégoriques, des natures mortes qui célèbrent côte à côte les merveilles naturelles et artificielles. Dans un parcours singulier et novateur, Anna Maria a délaissé la nature morte pour la célébration de la vie. Elle peint les plantes vivantes, là où elles poussent, au milieu du monde des insectes dont les métamorphoses la fascinent. Elle leur a consacré un premier petit ouvrage dès 1679.

C’est à cause des insectes et des plantes que Anna Maria fait route pour Paramaribo. Elle sait que la vie foisonne dans la forêt surinamaise et ses friches. Elle l’a lu dans la bibliothèque du château, quand elle séjournait à Waltha, dans la Frise.

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Anna Maria Sibylla Merian débarque à Paramaribo après deux mois de mer. C’est la saison sèche. Elle jauge. Elle observe les Indiens de la forêt. Elle apprend. Elle dessine. La plante-hôte et ses insectes. Sa fille Dorothea l’aide. Elle épingle les papillons. Glisse lézards et batraciens dans des bocaux d’eau de vie. Les deux femmes passent deux ans au Surinam. Presque jour pour jour.

La passagère du Surinam (2)

 

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En 1705, de retour à Amsterdam, Anna Maria publie Metamorphosis, le journal de son immersion dans la nature surinamaise. Les notes, les dessins, les vélins, le temps.

 

À l’heure où l’histoire naturelle ne s’écrit encore qu’avec des spécimens de plantes qui ne supportent pas toujours le voyage, la précision des observations de la passagère du Surinam apparaît comme le livre inouï du vivant. Dans la splendeur de ses couleurs.