Tournefort (1)

1700. Joseph Pitton de Tournefort apprend avec joie que, sur la suggestion du ministre Pontchartrain, il part au Levant pour le compte du Roi Soleil. Le plus beau voyage du monde !

À 40 ans, Tournefort est un savant reconnu par ses pairs. Il travaille depuis 1693 au Jardin du roi – le futur jardin des Plantes. Il y a la charge de la chaire d’enseignement. À ses heures perdues, il recense les plantes connues. Dans son manuel de classification, intitulé Élemens de botanique, ou méthode pour connoître les plantes, il est arrivé à 8 846 plantes, qu’il a classées en 22 catégories en fonction de leur fleur et de leur fruit.

Avant tout, Tournefort est un homme de terrain. C’est pourquoi la perspective de son départ en Orient le réjouit autant. Voilà qui lui rappellera sa jeunesse, quand il courait pour herboriser les chemins de Provence, de la Savoie, du Dauphiné, en compagnie parfois de ce cher père Charles Plumier, qui lui a appris tant de choses. Ses responsabilités au Jardin du roi l’ont bel et bien privé des plaisirs de la chasse aux plantes.

Pour parfaire le voyage, Tournefort choisit deux compagnons : le jeune médecin allemand Gundelsheimer, pour la caution scientifique, mais aussi pour sa qualité de praticien, qui peut s’avérer très utile, et Claude Aubriet, un excellent dessinateur auquel il a confié les illustrations de sa méthode. Grâce au dessin, Aubriet apportera des informations indispensables sur le port et les couleurs, qui manquent avec les spécimens séchés des herbiers.

Les trois hommes embarquent pour la Grèce courant 1700. En décembre, Tournefort écrit de Mykonos à Pontchartrain :

Je suis fort embarrassé à vous écrire, car nous n’avons plus d’encre de France et les Turcs n’écrivent qu’avec de la boue.

Même doléance dans un courrier deux ans plus tard, avec le papier cette fois :

Nous avons découvert 900 plantes non décrites, dont j’envoie le catalogue à M. le premier Médecin. Nous n’en avons pas séché beaucoup à cause des difficultés à voiturer les papiers nécessaires.

Du papier, de l’encre : voilà à quoi tient un voyage d’exploration.

Tournefort ne se contente pas d’herboriser. Avec l’aide d’Aubriet, il cartographie les côtes, les ports et les systèmes de défense. Il décrit les régions traversées, la Grèce, l’Asie mineure, l’Arménie, et leurs usages. Il s’attarde dans les anciens temples des dieux grecs.

En 1703, la peste qui sévit en Égypte barre la route aux trois compagnons. Alors, c’est le retour. En 27 mois, le voyage de Tournefort au Levant a collecté 1 356 plantes inédites et 25 genres nouveaux.

Tournefort (2)

Le 16 avril 1708, Tournefort emprunte la rue Copeau pour se rendre au Jardin du roi, quand il est violemment percuté par une charrette en perdition. Le chasseur de plantes ne se remet pas de l’accident. Il meurt quelques mois plus tard à 53 ans.

Notule

Deuxième épisode d’un court feuilleton autour de quelques portraits de naturalistes en texte et en images. À retrouver avec l’exposition qui leur est consacrée au château de Bruniquel le 3 mai à l’occasion de Vert-Tiges.

Je rêve de lectures, de longs billets, d’échanges... Vous dis à la prochaine livraison du feuilleton.