Bauer (1)

 

Il est sans doute le plus grand illustrateur botanique de tous les temps.

 

Il s’appelle Ferdinand Bauer. Il est né en Moravie. Ses années d’apprentissage, il les fait aux côtés de son frère aîné Franz. Norbert Boccius, le supérieur du couvent des Hospitaliers de Feldsberg, enseigne aux frères Bauer l’art de reproduire les fleurs sauvages dans les vallons environnant le parc enchanteur des ducs de Liechtenstein.
En 1780, Ferdinand et Franz sont à Vienne, où ils apprennent la taxonomie et la peinture de paysage auprès de Nicolaus Joseph von Jacquin, le directeur du jardin botanique de Schönbrunn.

 

Et puis c’est Londres, capitale mondiale de la botanique où Joseph Banks règne en maître. Repérés pour leur talent, les frères Bauer sont aussitôt recrutés par Banks. Franz est enrôlé comme peintre pour les jardins botaniques de Kew. En 1785, Ferdinand accompagne Sibthorp dans l’empire ottoman pour identifier les plantes de l’herbier de Dioscorides. Avec une fidélité déconcertante, il dessine les spécimens à la mine de plomb, réservant la colorisation pour le retour, grâce à un code chiffré pour les couleurs.

 

En 1801, Ferdinand embarque sur L’Investigator de Matthew Flinders. Avec Robert Brown, chirurgien militaire et botaniste, il fait route pour l’Australie. Il y séjourne quatre ans, et dessine et peint plus de deux mille plantes et animaux. Il passe aussi huit mois seul, sur l’îlot de Norfolk.

 

Bauer (2)

 

Au retour en Angleterre en octobre 1805, Brown et Bauer rapportent quatre mille espèces de plantes, des centaines de bêtes empaillées, des minéraux. La victoire de Trafalgar leur vole la vedette. Les deux hommes se lancent dans un projet de publication de leurs découvertes. Éperdument. L’entreprise est faramineuse. Brown et Bauer se ruinent. Ils se désenchantent.

 

En 1814, Ferdinand repart pour son Autriche natale. Jusqu’à sa mort en 1826, il vit en paix en peignant le végétal. De toute son âme.

Notule

Sixième portrait de la galerie des compagnons du végétal inaugurée avec ce billet. Dix personnages, dix aventures, dix destins à retrouver dans une promenade au jardin imaginée pour la galerie du château vieux de Bruniquel. Retrouvailles pour bientôt avec le Jardin sous le Ciel dont j'ai achevé hier l'ultime couture de raccord qui devrait clore le chantier colossal de ce début d'année. Je suis étourdie des parfums entêtants de la glycine, du lilas, du muguet et d'une clématite candide dont j'ignore tout. Les carottes sauvages se chargent  d'effectuer des transitions délicates. Les ancolies ont hissé haut leurs minois de mal coiffées. Tout est un ravissement.