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Nous sommes les cousins des oiseaux et des fleurs. Et des étoiles. Nous faisons partie d’un même récit.
Jean-Claude Ameisen, Le Monde, 23 & 24 août 2015

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Rainer Maria Rilke, Les cahiers de Malte Laurids Brigge

C’est fini. À Melle, on a tiré le rideau le dernier week-end de septembre sur la 7e édition de la Biennale d’Art Contemporain. Qui n’est pas biennale de galeries et de cimaises, mais tribune d’un art vivant, engagé, responsable. Du sérieux avec une bonne dose de merveilleux, inspiré par le regard sur le monde du jardinier philosophe Gilles Clément. De l’émerveillement avec l’humour qu’il faut. De l’art planétaire, de l’art en mouvement, des artistes jardiniers. Ces jardiniers sont « terrestres », comme le Japonais Koichi Yurita qui recueille des bibliothèque de terres en parcourant des territoires, « célestes » comme l'Américain Bill Viola dont les vidéos sont autant de méditations sur les éléments, le feul’eau, les liens avec nos ancêtres. Terrestres et célestes à la fois comme les paysans peintres Warli du Maharashtra en Inde qui font la relation du monde en brun et blanc.

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À Melle, c’est comme ça depuis 2003. C’est le souhait de Dominique Truco, la directrice artistique de la Biennale. En jardinière en chef, elle convoque les artistes de la planète autour d’une réflexion d’un écrivain, d’un activiste, d’un poète. Lors de la première édition en 2003 – intitulé : L'art d'être au monde –, c’était ce propos de Francis Ponge :

La fonction de l'artiste, c'est de prendre le monde en réparation dans son atelier, par fragments, comme il lui vient.
Francis Ponge – L'atelier contemporain

Cette année, les artistes jardiniers étaient invités à entrer en résonance avec cette déclaration d’Aimé Césaire :

En nous l’homme de tous les temps. En nous tous les hommes. En nous l’animal, le végétal, le minéral. L’homme n’est pas seulement homme. Il est univers.
Poésie et Connaissance, Revue Tropiques, janvier 1945.

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Et cette belle complicité artistique s’empare de tout Melle un été durant : Saint-Savinien, Saint-Pierre et Saint-Hilaire –  trois merveilles accomplies du patrimoine roman qui renouent ainsi avec leur rôle médiéval de monstrances –, le lacis des ruelles, les murs de la halle, l’arboretum et les jardins militants. La Biennale fait de Melle le territoire d’une chasse au trésor pour le plus grand bonheur du visiteur. Le temps d’un été, on est bousculé, interrogé, confondu, ému, et toujours invité : l’ensemble du festival qui investit la cité dans la totalité de ses espaces disponibles, et avec la complicité inestimable de ses commerçants et de ses habitants, est accessible gratuitement. Forcément, on s’éprend de ce Melle. Et on ne s’étonne pas vraiment de lire cette revendication anonyme au milieu des graphs d’un préfab du Lycée Général et Technologique Joseph Desfontaines :

J’aime les licornes

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Pour ma part, j’ai noté le rendez-vous pour dans deux ans.

Notules

Les légendes des photos, avec quelques détails qui ont plus que d’autres enchanté l’Œil Végétal.

À l’orée de Melle, face au chevet de Saint-Hilaire, une porte entrebâillée sur un verger.
Le musée des nuages, institution incontournable dont Sylvain Soussan est le secrétaire perpétuel ; au marché du vendredi ; dans l’abside de Saint-Savinien, pareilles à des reliques du temps présent, les Lune, eau, terre, soleil, 108 terres du Japon de Koichi Yurita ; Saint-Hilaire de Melle et la classique écriture spatiale de l’architecture romane ; la peinture cosmique de Jivya Soma Mashe, pionnier de la peinture reconnue des Warli du Maharashtra ; déambulation rituelle autour des flacons de la Bibliothèque de terres/Poitou-Charentes de Kôichi Kurita dans la nef de Saint-Savinien ; bestiaire des peintres Warli du Maharashtra. À propos desquels, on trouvera de la pâture ici, ou ;  

Quelques étapes de la chasse au trésor. Les ruelles, les murs, les parcs ; les cétoines de Gilles Clément ; le chemin de bois de Tadashi Kawamata  ; le monde selon les Warli (en notant le grand oecuménisme de la peinture de gauche : église, mosquée, temple hindou : tout y est) ; le jardin d’orties de Gilles Clément  ; la nef de Saint-Savinien ; une porte de Saint-Hilaire.

Pour poursuivre, si l’on veut, avec d’autres lectures : le site de la Biennale de Melle (où l’on peut remonter le temps des éditions précédentes) , un article du Huffington Post  ; un long entretien avec Dominique Truco pour Mediapart.