J'ai toujours aimé les images. J'en ai de pleines boîtes, glanées au fil de mes voyages. Et de grandes piles, bien rangées dans les arborescences de mon ordi. Avec des petits noms, pas des numéros. Des photos, des dessins, des découpages.

Vers la fin des années 1990, j'ai découvert avec ravissement l'acquisition numérique. Mon premier scanner était le modèle à main. Il fallait le faire glisser tooooout doucement sur l’image à reproduire pour la transformer en pixels. Défense d'éternuer ! Acquisition en noir et blanc et en bitmap uniquement. J’ai gardé les premières images que j'ai scannées. C’étaient des reproductions de l'ornementation florale dans les peintures murales des temples de Bagan en Birmanie. J'étais fascinée par ce foisonnement végétal qui auréolait les épisodes merveilleux de la vie de Bouddha. Voici le résultat de ces premières expériences

 

 

Fleurs et botanique (19)

Hum...

Et voici à quoi ressemble le scanner à main en question. Publié grâce à mon cher cousin qui l’a retrouvé dans un carton de son garage

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Le passage au scanner à plat m'a ouvert des perspectives formidables. Mais dans une certaine confusion tout d’abord, puisque j’ai commencé par me préoccuper de transformer en images numériques... mes ektas de voyage. J’ai vite déchanté. Mon restant de vie n’eût jamais suffi à mener l’opération au bout. Et la résolution de mon scanner à l’époque ne m’autorisait que ce genre de format timbre poste

 

B-Parvis 1 (lieux)

J’ai lâché les diapos. Et entrepris de transformer méthodiquement en images numériques mes butins de voyage. De faire basculer dans le monde binaire des pixels des petits fragments de réalité. Avec les limites imposées par la fenêtre du scanner à plat. Du A4, pas plus, pour pouvoir entrer dans l’univers de la virtualité. À l’intérieur de ces limites imposées, tout y est passé.

Classiquement, avec les notes et factures

 

Factures

ou les papiers d’emballage

Emballages

Beaucoup plus acrobatiquement, avec les objets en volume, qui m’obligeaient à ruser pour les numériser sans trop d’ombres.

Comme cette dînette

Dînette

ces autos

Auto

ce train mécanique avec sa voie ferrée

Train

ces ustensiles liés à la manufacture ou à la fabrication du thé

TObjects

ou encore ce paquet de wagashi sous cellophane

Wagashi

Et j’en passe.
Il vaut mieux.

Dans l’intervalle de ces expériences, j’ai fait une rencontre décisive au tournant de la décennie 2000 :

Toshop, le splendide et onéreux outil d’infographie d’Adobe.

Comme avec le scanner, j’ai d’abord fait de Toshop un usage paradoxal. Il est devenu mon incontournable auxiliaire dans l’ingestion par numérisation du réel, en faisant office d’outil de ménage. J’étais, je l’avoue, obnubilée par les facultés stupéfiantes de la Baguette magique.

Baguette magique

C’était alors le temps magnifique des grands reportages en Asie qui ont alimenté Voyages aux sources du thé (dont il est un peu question dans les notules de ce billet). J'y ai glané tant et plus. À l’automne 2004, je me trouvais à la tête d’un butin de voyage considérable en deux versions :

-          la tangible, rangée par pays dans des sacs en papier ;

-          la virtuelle, rangée dans les dossiers de Windows.

Mon cœur balançait entre les deux univers. Avec lequel faire ? Un incident a tranché en faveur du virtuel. Un incendie d’origine électrique a implacablement consumé le butin tangible en septembre 2004. Envolé en fumée, comme les papiers d’offrande que les Chinois brûlent pour communiquer avec les esprits (sur lesquels on en saura un peu plus au détour de cette lecture).

Le feu avait décidé. Les butins de voyage n'ont plus été que virtuels. Sitôt de retour, j'enfournais dans le scanner tout ce que j'avais ramassé. J'imaginais de nouvelles nomenclatures. J'accumulais de copieuses pioches d'images qui, pareilles à des feuilles, s'accrochaient aux branches des arborescences de l'ordinateur.

Quant à Toshop, il ne m’a pas uniquement servi d’auxiliaire de ménage. Sans pour autant encore tirer parti de ce pour quoi il fut inventé. C’est pourquoi je parle de numérisations paradoxales.

Avec Toshop donc, j'ai commencé par fabriquer... des cartes.
J’aime la narration par les cartes. En piochant dans les répertoires de leurs conventions. Du temps où j’accompagnais des croisières culturelles en Egypte, j’avais calqué la vallée du Nil avec ses reliefs et ses berges fertiles. J’avais tapé les légendes sur ma machine Underwood, puis les avais découpées et collées. Enfin fait photocopier le tout en réduisant l’échelle pour plus de finesse. Avant la révolution numérique, les photocopieuses étaient tout ce qui me permettait de jouer à sauter d’une échelle à l’autre. Du A3 au A4. Et ainsi de photocopies en photocopies de plus en plus petit, jusqu’à faire tenir tout un monde sur une feuille A4.

Ma carte de la vallée du Nil, je l’ai perdue. Celle-ci, c’était une carte de la province chinoise du Gansu pour une exposition de l’agence de voyages Orients, Sur les routes de la soie (déménagée depuis, avec tous ses magnifiques voyages, auprès de cet autre voyagiste). Une autre belle époque de la marche vers la Fabrique à images.

Cartes

Pour en revenir à Toshop, j'ai très laborieusement transposé mes méthodes de calques et de légendes à l’environnement du logiciel. Un mois, pas moins, pour dresser ainsi deux bibliothèques de cartes historiques : une de l’empire de Chine et une autre de l’évolution du plan de Pékin. Des heures, j’ai passé, à les fignoler mes cartes chinoises. J’en étais drôlement fière. D’autant que le tout, grâce à Eli, ma complice du moment, est allé compléter la panoplie d’accessoires du Guide Évasion Pékin-Shanghai. Il y a de quoi être fier, quand même, non ?!