Permettez-moi de vous présenter Madame Poc

 

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Madame Poc est une poupée en tissu. En fait, elle ne s’appelle pas Madame Poc mais Madame Mo. Et elle vient de cette maison.

Avec ma chère Laurence (dont une des notules de ce billet permet de faire plus ample connaissance), nous avions décidé de l’emmener avec nous dans la région de Shanghai. Et qu’elle avait plutôt une tête à s’appeler Madame Poc.
Madame Poc a donc fait un grand voyage. C’était en 2006. On lui a fait plein de photos à Madame Poc. C’était drôle, cette intrusion dans le réel de cette poupée d’étoffe et de sa petite échelle. Drôle aussi de voir avec quel naturel nos rencontres chinoises se prêtaient aux intrusions de Madame Poc. Et toc ! Madame Poc suspendue au fil avec le linge à sécher. Ou glissée au milieu des tabloïds par un kiosquier. Assistant gravement à une conversation. Que sais-je encore.

Laurence et moi, on voulait lui faire un album souvenir, à Madame Poc. On ne l’a jamais fait finalement. Mais il reste toujours les photos du voyage en Chine de Madame Poc

 

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De retour dans ma campagne, j’ai eu envie de poursuivre l’idée des intrusions de Madame Poc. Mais je devais faire sans elle, puisqu’elle était restée avec Laurence. Qu’importe. J’avais des photos numériques de la poupée. C’est amplement suffisant pour la Fabrique à images (cf. son schéma de fonctionnement). J’en ai choisi une, lui ai appliqué un petit ménage Toshop et l’ai imprimée en A4

Intrusions (5)

Ensuite, clic-clic, j’ai découpé aux ciseaux cette Madame Poc en papier. Et obtenu ainsi une forme « Madame Poc ». Soit un objet réel fabriqué à partir d’une image virtuelle.
Vous me suivez ?

Avec cette forme « Madame Poc », j’ai pu procéder à de nouvelles expérience d’intrusions. Plus élaborées que les collusions un peu anarchiques relatées dans La vie numérique.
En voici trois exemples :

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Sur la Fig. I, la forme « Madame Poc » a été introduite dans un kyuk kyuk aik birman (un sac plastique dont il sera question dans les chroniques birmanes). Soit : Réalité 1 dans Réalité 2. L’ensemble a été pris en photo (numérique). Puis détouré avec Toshop. À noter : la membrane de plastique opère comme un filtre et restitue à la forme en papier le rendu 3D de la poupée d’origine.

L’exercice de la Fig. II est de même nature que le précédent. La forme « Madame Poc » a été glissée entre deux tranches de filet de coche rapporté du marché. En ne laissant dépasser que ses pieds. Sans le filtre du plastique, on perd le rendu 3D de la poupée. En revanche, on gagne une collusion plus réjouissante par son côté décalé.

Dans la Fig. III, l’expérience suit toutes les étapes de celle de la Fig. I, compliquée d’un changement d’échelle. La forme « Madame Poc » version A4 a été ramenée à une hauteur de 6 cm environ pour être introduite dans une infusette de thé. Celle-ci ayant été démontée au préalable. Comme avec le sac plastique, le papier de l’infusette fonctionne comme un filtre.

Pour résumer, avec la Fig. III on a une infusette virtuelle suffisamment réaliste pour avoir la crédibilité d’un objet 3D. Dès lors, on peut jouer au jeu des mises en abyme virtuelles.

L’infusette Madame Poc plongée dans le dessin d’une tasse de thé

 

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L’ensemble tasse + infusette posée sur le fond d’une toile cirée indienne bien réelle, passée par la moulinette du scanner à plat

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Le même ensemble faisant incursion, à la manière de l’expérience de la Fig. II mais virtuellement cette fois, dans la photo de la vitrine d’une boutique de thé de Taipei.

 

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Dans les notules de ce billet, on en saura plus sur l’historique de l’infusette. Son caractère visuel immédiatement identifiable est le sel du jeu. À condition de conserver l’association sachet-agrafe-ficelle-tag. Le tag est le petit carré en papier qui permet d’attraper la ficelle de l’infusette.
Partant, on peut remplacer Madame Poc par toutes sortes de sujets en papier découpé. Comme le bonhomme thé des pages de cet album. Voire glisser dans le sachet la photo d’une personne. Comme ici :

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En résumé, les ingrédients d’une recette d’infusette sont les suivants

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Ces infusettes m’ont servi à fabriquer des cartes de visite en langage international. Une pour Laurence, mon binôme photographe, avec l’appareil photo. Une autre pour moi, qui tient le porte-plume de nos voyages. La caméra et la plume.
Les cartes de visite sont des articles indispensables à tout voyage en Extrême-Orient. Au Japon en particulier. Ceux qui ont vu Lost in Translation n’auront pas manqué de remarquer la scène des cartes, quand Bill Murray rend sa première visite à la firme japonaise avec laquelle il va tourner un spot publicitaire. Il est accueilli par une délégation d’une dizaine de personnes, qui se présentent à lui dans l’ordre de leur hiérarchie et lui remettent chacune leur carte de visite avec leurs nom et fonction. Une véritable rafale ! Les cartes se mélangent entre les mains de Bill Murray, ouvrant le bal de son égarement nippon. La politesse veut qu’en échange on donne à son interlocuteur sa propre carte de visite. D’où cette provision de cartes nanties de leur infusettes d’identification.

J’arrêterai sur cette riche période expérimentale de la Fabrique à images avec la définition que le Petit Bob donne de la mise en abyme

 

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