13-10-03, Ciel d'automne (5)

 

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Chaque matin, juste avant le lever du soleil, deux jeunes filles du Pavillon des Grâces viennent à la chambre de l’Empereur. Le Fils du Ciel dort encore. Elles écartent les trois rideaux qui sont la paupière du repos, la paupière des rêves et la paupière de l’oubli. Elles ouvrent la fenêtre en grand. Elles déroulent une bannière de cette étoffe imprononçable, encore teintée de nuit, et brodée sur toute sa surface du signe de l’année en cours : tigre, dragon, buffle, singe... Cette bannière, interposée entre la face de l’Empereur et le jour naissant, ne reste que le temps de capturer la lumière de l’aube, le temps qu’il faut pour déposer une goutte de miel dans la coupe d’albâtre à la droite de sa couche et une goutte de rosée dans la coupe de jade à sa gauche. Ensuite, les deux jeunes filles enroulent la bannière pour la glisser dans un étui, marqué lui aussi du signe de l’année. L’étui est scellé et cacheté par un Mandarin de la Nuit qui le fait porter au Pavillon des Dix Mille Cieux Changeant.

— Tous les jours ?

— Tous les jours. Ce sont les archives des Étirements Spirituels de sa Matutinale Sagacité.

— Mais pourquoi conserver ainsi la couleur du ciel ?

— Parce que chacune des décisions de l’Empereur est marquée du sceau de son humeur à son réveil. Si un problème d’interprétation se pose par la suite, on peut remonter jusqu’au jour où elle a été prise. On brise le sceau, on ouvre l’étui pour en sortir l’Imprononçable. On voit si le ciel était clair, invitant à la clémence, ou si au contraire il s’annonçait plein de nuées menaçantes et ombrageuses.

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13-10-03, Ciel d'automne (3)

13-10-03, Ciel d'automne (1)

 

Notules

Ce dialogue est extrait d’un livre des merveilles imaginé par François Place. Un portfolio de dessins aquarellés et deux récits de voyage entrelacés, celui d’un homme, Cornélius, et celui d’une femme, Ziyara, composent l’ouvrage. Empruntant des chemins inspirés par ceux des routes de la soie, Cornélius poursuit la quête de la toile à nuage, « l’étoffe imprononçable » dont il est question dans le dialogue. Elle le mène dans une Chine de légende. Ziyara est une vagabonde des mers, projetée par le destin sur la route des épices. Les deux livres sont emplis de trouvailles poétiques où souffle, de toute sa puissance, la magie des cartes et des talismans de la Chine ancienne. De la confidence de l’auteur, ce « travail est aussi une réflexion amoureuse sur la cartographie ». François Place, Le secret d’Orbae, Casterman, 2011.

13-09-03, Orbae2

 

Les dessins sont tirés du portfolio de François Place. Ce sont les fleuves de Brumes et le palais des Cartes d’Orbae.

Les cieux sont ceux que l’automne a déroulés hier matin à la porte de mon jardin.

13-09-03, Orbae1

 

 

13-09-09, Sphères Daucus