14-09-15, Seeds (0-)

14-09-15, Seeds (1)

Il lui demanda ce qu’elle faisait à une heure aussi tardive sur la lande, armée de son balai.
« Je balaie le monde », répondit-elle.
Alveric se demanda quels rebuts elle pouvait retirer du monde, avec ces tourbillons incessants de poussière grise qui arrivaient de nos contrées familières, puis disparaissaient lentement vers la masse ténébreuse rassemblée au-delà de nos côtes.
« Pourquoi balayez-vous le monde, mère sorcière ?
-- Il y a ici bas des tas de choses qui ne devraient pas s’y trouver. »
Lord Dunsany, La fille du roi des Elfes, Denoël, 2006

 

14-09-15, Seeds (3)

 

Il disait : "Nous sommes compris dans le bonheur, dans l’actualité éternelle. Usez des mots que vous voulez. Tout est d’une même matière effervescente et est un même ressac. Dieu n’implique ni dessein ni but. L’âme et le corps sont indistincts. Dieu, la vie, l’univers, la nature, la pensée, le désir ne se désengrènent pas. Un rayon de la clarté qui s’épanche de la masse du soleil, un organe qui pend et que le désir gonfle, un eucalyptus, Saturne, les lèvres retroussées sur les incisives jaunes des tigres, un luth, le pot de bière qui fragmente, Descartes, la Spuy, le souvenir de Clara-Maria Van Enden sont une seule et même chose. Nous sommes des fragments du règne du vivant. L’usure du monde, la perversion du langage, le dérèglement des tyrannies aidant, la difficulté qu’éprouve la pensée à faire régner ce règne est plus grande. Aussi la pensée est-elle aussi difficile que rare."
Benedictus Spinoza cité par Pascal Quignard, Petits Traités, tome I, Maeght éditeur, 1990

14-09-15, Seeds (2)

14-09-15, Seeds (0)

Ne plus écouter que les conseils des fleurs, antérieurs à tout savoir...
Philippe Jaccottet, Notes de carnet (La Semaison)

14-09-15, Seeds (4-)

À la lisière du jardin, dans le champ du voisin qui descend vers la route, des géants las n’en finissent pas de courber l’échine. Malgré le soleil levant qui met un peu d’or dans leurs guenilles. Il est plus que temps qu’on leur coupe la tête à ces tournesols fatigués.

L’équinoxe vient de tracer un trait. L’été est derrière. L’étrange été 2014. Été d’eau et d’orages. Celui de l’équinoxe a emporté dans sa fureur les derniers jours d’une petite fourrure tigrée. Si élégante.

L’été s’est écoulé dans les pages. Le jour, dans les pages d’un livre à venir. Avec les couturières de la Zomia, leurs travaux d’aiguille. La nostalgie de mes voyages en Chine. La mort de Simon Leys. Dehors, le silence liquide. L’heure des ombres, quand le jardin se met à se dupliquer et que le temps s’évapore. La clepsydre des images silencieuses de Jaccottet. Le ciel de nuages comme de la crème fouettée. L’Internet intermittent. Le chapelet de coupures dans les transmissions. De ce côté-ci, un Œil Végétal assoupi au milieu de copeaux de billets, de petits mots griffonnés. Tant de blogs s’endorment pour toujours, c’est effrayant. Sans crier gare souvent. La blogosphère est remplie de ces épaves.

Les pages des nuits de l’été ont été celles des livres écrits. Dans ces heures, l’insomnie faite bonheur de lire. Liste des ouvrages engloutis depuis juillet dans la délectation :

Blaise Cendrars, Moravagine, illustrations de Pierre Chaplet, Club des Amis du Livre, 1962
Claire Bonnafé, Le bruit de la mer, Balland, 1992
Eric Orsenna, Grand Amour, Éditions du Seuil, 1993
Eric Orsenna, Longtemps, Le Livre de Poche, 1999
François Cheng, L’un vers l’autre. En voyage avec Victor Segalen, Albin Michel, 2008
Georges Pérec, Les choses, René Julliard, 1965
J. M. Coetzee, Foe, Éditions du Seuil, 1988
James Frey, L.A. Story, Flammarion, 2009
Jerome Charyn, La vie secrète d’Emily Dickinson, Rivages, 2013
Donald Ray Pollock, Le Diable, tout le temps, Éditions Albin Michel, 2012
Lord Dunsany, La fille du roi des Elfes, Denoël, 2006
Marianne Alphant, Ces choses-là, P.O.L., 2013
Mervyn Peake, Titus d’Enfer, Phébus, 2006
Pierre Lemaître, Sacrifices, Éditions Albin Michel, 2012
Les petits polars du Monde...

Je pose juste ce marque-page. Car je m’en vais courir du côté du Divers. Le Divers de Victor Segalen. Sur la route de l’Orient qui m’est cher. Dans la foulée du botaniste André Michaux. L’Œil Végétal sommeillera encore un peu.
A bientôt.

14-09-15, Seeds (4)