William Bartram

John Bartram est fermier et quaker. En 1729, il s’établit en Pennsylvanie, aux abords de Philadelphie. John a une inclination pour l’histoire naturelle, collectionne les plantes américaines, qu’il recueille au cours d’expéditions personnelles, acclimate les semences venues de l’Ancien Monde.

La ferme Bartram s’est taillée un petit renom de pépinière jusqu’en Europe. Au début du XVIIIe siècle, l’Amérique du nord est à la mode. John fournit les savants de la botanique comme Linné, et les grands propriétaires d’Angleterre, qui recherchent pour leurs domaines des espèces venues d’ailleurs. John possède un relais outre-Atlantique. Son nom est Peter Collinson. Il est lui aussi quaker, et drapier et horticulteur.

 

John agrandit peu à peu le territoire de ses investigations. La Caroline du sud, la Géorgie, la Floride. Il emmène son fils William. Doué pour la peinture, le garçon croque les bêtes et les plantes en chemin.

 

L’ami anglais Collinson souhaite que fructifie la ferme Bartram. Les Français quittent la Louisiane, les Espagnols la Floride. Collinson obtient du roi George que John devienne le botaniste attitré de la Grande-Bretagne en Amérique du nord. Le fermier emmène William partout avec lui. La vue de John décline et William dessine. C’est tout ce qu’il sait faire, William. Les dessins lui coulent des mains.

 

En 1768, Collinson meurt là-bas en Angleterre. Le réseau quaker lui trouve un remplaçant en la personne de John Fothergill (1712-1780). Le Dr Fothergill possède Rook Hall, le plus beau jardin privé d’Angleterre, à Upton dans l’Essex. Il finance les approvisionnements botaniques de Bartram Farm. Au printemps 1773, John renonce aux expéditions. Sa santé ne lui permet plus toute cette fatigue des grands chemins. William le dolent prend la relève et part herboriser à travers les États du sud-est.

 

Pendant trois ans, William écume la vallée de la Savannah, Baton Rouge, la rivière Saint-Johns, ne rentrant qu’épisodiquement à Bartram Farm. Fothergill paie les déplacements. William herborise, prend des notes, dessine les plantes, les bêtes. Il fraternise avec les Indiens séminoles. Les Indiens le surnomment Puc-puggy, le Chasseur de Fleurs. Ils enseignent au garçon blanc les secrets de la nature d’Amérique, les noms des arbres aux floraisons étonnantes, les fleurs gigantesques, les propriétés médicinales des plantes.

 

William Bartram (2)

 

 

Et puis, c’en est fini de toute cette aventure américaine et botanique. Brutalement. William rentre à Bartram Farm. John meurt. Le fils aîné reprend les affaires de la pépinière. Outre-Atlantique, le Dr Fothergill décède à son tour. L’herbier et les dessins envoyés par Bartram entrent dans les collections de Joseph Banks.
En 1786, William se fracture la jambe en tombant d’un arbre. Il profite de l’immobilité forcée pour mettre de l’ordre dans ses carnets de route et ses dessins. Travels through North & South Carolina, Georgia, East & West Florida, the Cherokee Country, the Extensive Territories of the Muscogulges, or Creek Confederacy, and the Country of Chactaws paraît à Philadelphie en 1791. Les scientifiques tordent le nez : trop de coquecigrues émaillent le livre de William. Le grand public applaudit à cette bouffée de vent sauvage. Un jeune Français de passage à Philadelphie s’emballe pour l'ouvrage. Il s’appelle François-René de Chateaubriand.

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En 1791, quand paraît son livre, il reste encore trente années à vivre à William Bartram. Le Chasseur de Fleurs s’immobilise et traverse le temps dans l’oisiveté frugale et paisible des hommes sages.