15-09-17, Barcarolle pour un été (150 dpi)

Je ne suis pas venu ici pour me trouver nez à nez avec un naïf souvenir de jeunesse... et c’est pourtant lui qui se place au tournant [...] ! C’est une leçon ... C’est lui maintenant, c’est l’Autre qui me donne une leçon d’expérience ! Sans doute son air détaché et désintéressé m’apprend la vanité de ce que je suis venu rejoindre ici. Si j’avais un peu de foi pour le petit dieu de voyage – qui ne m’a pas quitté, – je lui soumettrais ce cas étonnant de conscience, ce problème de topographie dans l’espace et dans le temps du passé... Mais je sais par avance qu’il ne fera rien que de rire un peu plus dans son cristal doré, et que c’est justement là sa science. Je ne lui demanderai rien de plus. Simplement, étant allé au bout de ma course, – je reviendrai.
Victor Segalen, Équipée.

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Voilà, voilà. Hissons-nous, et hop ! debout à l’autre bout de l’été buissonnier. Il faut bien rentrer un jour. Regagner le rivage du monde. Et laisser partir au loin la touffeur muette, le temps suspendu, la coulée du soleil sur les épaules, la nuque et le nez – Chères grandes vacances ! La parade des beaux jours, les bals, les lampions, les tubes – les pas qui glissent, les pas qui claquent,— Avec le son du Réel qui monte d’un cran. Les cheveux, l’herbe et la peau, qui brunit, qui brille, qui pèle. Les robes, les shorts, les sandales. Avec les odeurs du Réel innombrables. Cuisine du dehors, plats de camion, grésillements, chuintements de braise, la tomate, le melon, le poivron. – Dans le parfum violent du jardin qui se crispe. Une odeur végétale se fige, flotte dans le soir, entre dans le noir de la nuit. Chères nuits d’été. Si tièdes et calmes, malgré les étoiles brillantes qui se jettent dans le vide du ciel. Je descends ici. Je vous quitte. Allez. Filez. Je n’aime rien tant que regarder votre sillage, ce fil qui se tord et dont la lumière tressaille longtemps.

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Notules

Légendes des photos. Avec conseils de jardinage, digressions possibles et collusions avec l'actualité.

 

Amantine à bord de la barque vagabonde qui vaut le titre de « barcarolle » à ce billet ;

Fantôme d’eau [cette créature géante a surgi un matin sur le champ de maïs de 40 ha que surplombe le jardin. Comme la monstrueuse métaphore de cette culture perfusée 24h/24 au plus fort de la sécheresse. Il se dit que ces pratiques d’agriculture de cours de marché ne sont pas aussi absurdes qu’elles en ont l’air. Je veux bien qu’on me le démontre]  ; rose torréfiée par le soleil de juillet ; jardin (trop) cuit.

Pelage de chat tigré ; écritures d’ombre sur le toit du garage [théâtre de manifestations merveilleuses et minuscules en particulier à cette période de l’année] ; gouttes de la deuxième pluie de l’été [chacune des pluies de cet été torride et sec méritait l’ovation. Pour fêter la 1e, nous avons investi dans un pluviomètre. Ce qui nous permet désormais de décliner notre pointure pluviométrique lors des échanges de civilités. Nous n’étions pas peu fiers d’avoir fait « un bon 24 » alors que la sécheresse menaçait de vaincre en juillet] ;

Prunes et paille : l’été version généreuse [il s’est fait une cinquantaine de pots de confiture de prunes diverses] ; naissance d’une ipomée ; quand le liseron crève le goudron [à lire en préambule de ce billet, le poème dédié par Philippe Jaccottet à ce cousin sauvageon de l’ipomée] ; pétunias et surfinias font jardin gna-gna ;

Bal de village ; encre du soir ; Hanuman et l'herbe Sanjivani buti [épisode de l’épopée du Ramayana lors duquel l’intrépide singe Hanuman part dans l’Himalaya en quête de la plante qui permettra de guérir un héros blessé. Dans le doute sur l’identification de la plante, Hanuman rapporte... la montagne où elle pousse. Il traverse les airs en la portant à bout de bras. C’était, dans les jours brûlants où je transportais des arrosoirs pour désaltérer le jardin assoiffé, l’image qui me venait en pensée. J’ai porté mon jardin cet été. La peinture se trouve dans le temple de Gopal-ji au Shekhavati] ;

Légèreté sans paroles ;

Les chats occupent l’espace et le temps avec une distinction particulière ; ombre d’ipomée [Ipomoea purpurea, volubilis ou encore belle de jour (Morning Glory en version anglaise), qui est la marque du Jardin sous le Ciel en deuxième partie d’été et jusqu’aux gelées. Ici l’ipomée grimpe rarement. Courant plutôt, elle engloutit les contours du jardin dans ses bras volubiles. Elle a traversé la touffeur estivale avec panache sans le moindre arrosage. D’ailleurs, les premières ipomées que j’ai rencontrées dévalaient les fourrés d’une piste au nord de Dien Bien Phu sous un ciel d’avril chauffé à blanc. L’ipomée est une annuelle qui brûle avec le premier gel. Non sans avoir produit le long de ses longs bras grêles une quantité mirifique de graines qui lèveront l’année d’après] ;

L’eau précieuse ; Graminées, rudbeckias et pierre chinoise  [nouveau coin du Jardin sous le Ciel. Les graminées sont des Eragrostis : feuillages bleutés au port très souple, floraison blonde très aérienne. Il me faut écrire un jour la suite du billet sur les pierres chinoises] ;

Suite des jardins gna-gna avec les parterres de la mairie de Soisy-sous-Montmorency [je mettrai en mots et au clair à l’occasion d’un billet ces fleurissements communaux et estivaux qui m’éberluent – ils sont perfusés au moins autant que les maïs ci-dessus, dopés à l’eau jusqu’à s’écrouler sous leur propre poids, abandonnés ainsi, sans soin, dès la fin de l’été, et jetés enfin, pêle-mêle à la poubelle, pour être faits d’une bonne partie d’annuelles gélives. Legs des années 1960-1970 insouciantes dont une bonne partie des villes et villages de France ne s’est pas débarrassé. Alors même que l’insouciance, elle, n'est plus d'actualité] ; friche de la rue de la Fosse-aux-Moines à Montmorency [longée en quittant les jardins Taffin qui, pour les amateurs de plantes franciliens, sont une adresse à noter. Le couvert de la rue des Chesneaux s’éclaircit pour faire place à cette longue artère où les villas Belle Epoque en meulière côtoient les friches endormies sous les ronces. Dans l’une d’elles, un socle de statue abandonné rappelle que Jean-Jacques Rousseau a séjourné dans ces lieux. Le botaniste itinérant doit être enchanté de constater que le végétal règne en maître dans cette banlieue. Au bas de la rue de la Fosse-aux-Moines, fini la fantaisie des orties et l’enchantement des Belle au Bois Dormant avec la rue du Puits Grenet qui opère comme un retour au Réel de cette banlieue huppée] ; les pavillons roses de Mirabilis Jalapa [merveille des merveilles de mon jardin estival, qui ouvre dans mon imaginaire les portes de ceux de l’empereur Montezuma. La belle de nuit ferme quand s’ouvre la belle de jour. Comme elle, elle disparaît aux premières gelées. Comme elle, s’en va en laissant abondance de semences. Mais en plus revient, grâce aux jambons qu’elle développe dans la terre. Les belles de nuit ont resplendi dans la chaleur de cet été sans eau] ; ombres des nigelles sur les feuilles de courgette d’un potager inattendu [depuis l'épisode des cartons au printemps 2014, un secteur croissant du jardin est dévolu à la revitalisation du sol par un compostage de surface des tailles de nettoyage et des déchets de cuisine. D’où ces productions surprises. La courgette en question couvre aujourd’hui 5 m, avec plusieurs ramifications] ;

Un balcon en forêt [j’aurais bien voulu sonner en bas de cet immeuble de la rue Pajol à Paris pour pouvoir découvrir la vue sur cette forêt de balcon depuis l’intérieur. Non loin, un temple dédié à Ganesh] ; jardins Pajol = jardins à suivre [prolongement végétalisé, en bordure des voies de la gare de l’Est, de la remarquable réhabilitation de la halle Pajol par l'architecte Françoise-Hélène Jourda. Une flore de jardin sur gravier tutoie les vagabondes qui essaiment sur le ballast. Les migrants y avaient installé un camp de fortune avec moins de chance.]

Bal de village ; chose très menue suspendue au toit du garage (voir ci-dessus) qui a servi de point de départ à cette barcarolle [en regardant attentivement l’image de frontispice, on reconnaîtra la chose très menue] ; danseurs de madison dans un bal champêtre ;

Lièvre de guet à la fenêtre du musée de la Chasse et de la Nature à Paris [arche de Noé du Marais, avec gardiens d’érudition discrète, où les arts plastiques s’invitent. Ici, on en dit un peu plus] ; joyau du garage ; joyau du jardin [Helenium ‘Moerheim Beauty’] ;

Au Jardin sous le Ciel, les reliques des nigelles entre les feuilles du potager inattendu (voir ci-dessus) ; cartographie d’une feuille de raifort [au jardin, elles font des vagues dans la chaleur de l’été. Séchées, on dirait des ailes. C’est décidé, l’an prochain, je développe le potager ornemental] ; bête du musée de la Chasse (voir ci-dessus) ;

Fauconnier (égaré ?) [détail d’une tapisserie du musée de la Chasse] ; chemin creux au jardin d’Éole à Paris [en miroir des jardins Pajol, du côté rue d’Aubervilliers des voies, une invasion naturelle imaginée par le paysagiste Michel Corajoud. Lequel a pu écrire "Le paysage, c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent". Sur cette grève est venue échouer ce printemps la vague des migrants] ; Nihao, jeune femme chinoise, découvre la campagne de France ;

Caresse d’un soir d’été sur les épis du chiendent pied-de-poule ; précieuses faces de lune [les Lunaria annua, ou monnaies du pape, forment le trio gagnant du jardin d’été avec les belles de jour et de nuit. Le Jardin sous le Ciel a le privilège de bénéficier chaque année du passage d’une effeuilleuse experte, qui dépouille face et revers des siliques de Lunaria pour révéler leur éclat nacré] ; ciel d’août ;

Lisière boisée [il s’est mené, dans la sécheresse de l’été dernier, une impitoyable guerre souterraine pour l’accès à l’eau. La concurrence fut particulièrement rude entre les arbres dont les besoins en eau sont énormes. Quand a rugi la tempête du 31 août sur Montauban et les côteaux du Quercy, beaucoup ont cassé comme du verre] ; bouquet de carottes sauvages ; le corbeau de la rue Riquet ;

Brumes matinales à Saint-Antonin Nobleval ;

Un retour de troupeau à Verfeils ; une cérémonie émouvante autour de figures de la Résistance ; et courir pour que vole un cerf-volant dans le ciel du Marais.