14-03-21, Au vaillant soldat (2)

L’âme du printemps cette année a tressailli dans le cœur de l’hiver. Le 9 février, les boutons du grand magnolia fendaient déjà leur fourreau de velours amande. Les pivoines herbacées dardaient à la surface de la terre gorgée d’eau leurs pointes de cire grenat. J’avais taillé tous mes rosiers. Il pleuvait tellement. Sur la pointe des pieds, je suis partie vers des rivages lointains. Une mer. Puis une autre. Puis une autre enfin.

 

14-03-21, Les trois mers

 

Quand je suis revenue il pleuvait encore. Avec fureur. Seigneur... quelle rage avait donc saisi le ciel ! Au jardin, pourtant, le grand magnolia m’avait attendue. Ses fleurs s’ouvraient à peine. Elles affrontaient les gifles de pluie avec bravoure. J’ai bien cru que la fureur du temps viendrait à bout des belles fleurs de chair. Mais non. Pour un bouton arraché, dix s’ouvraient. Le magnolia s’était fait le soldat du printemps. Alors, le soleil est venu. Il a bercé dans la douceur de ses grands bras lumineux le bel arbre en fleurs. Et le magnolia enfin apaisé a dressé autour de ses ultimes fleurs de l’année les couronnes vert tendre de ses premières feuilles.


Il est juste de dédier à ce brave soldat le jour de l’arrivée du printemps.

14-03-21, Au vaillant soldat (1)

Notules

Le magnolia de mon jardin est un Magnolia x soulangeana ‘Speciosa’. La variété la plus courante. On en apprendra davantage sur les magnolias et leur histoire sur cette page du blog d’Interflora. L’an passé, les boutons floraux de mon vaillant petit soldat ont échappé de justesse à l’étreinte mortelle du gel grâce au recours à un nœud vaudou. Je crains d’avoir à faire appel à nouveau la semaine qui vient à la toute-puissance du vaudou de jardin pour protéger les milliers de boutons floraux qui ont pointé leur museau bien trop tôt. Nous allons friser le zéro. Avec de l’eau qui plus est. Or, c’est à peine si j’ose l’énoncer, non seulement les iris ont commencé à se tortiller, mais il y a des grelots de muguet. Sans parler des fleurs de neige des vieux cerisiers qui me sont si chers. Ou du rosier de Banks qui n’en peut mais. Ça craint.

Qui dit printemps dit ménage de printemps. C’est ainsi que sont réapparues ces pages arrachées, échappées d’un vieux cahier.

 

14-03-21, Au vaillant soldat (3)

Le magazine Elle. La fin des années 1970. La page Poésie de Denise Dubois Jallais. Inouïe. Au dos, une pub pour l’huile Lesueur, avec une recette de sauté de veau. Ou le Courrier du Cœur de Marcelle Segal. Au dos, je dis bien, car la page Poésie était une page impaire, de celles qui font face au lecteur et qu’on voit en premier. La pub était encore reléguée derrière. Sur le dessus du « tas », un poème spécial printemps pour les lectrices de Elle du poète Jean Cayrol. J’en reparlerai peut-être.

Après l’empreinte des jours de Mary Jo, les carnets de jardin de Sophie. À l’occasion du printemps, je propose aux amateurs de jardin d’aller visiter ces pages. Le jardin, c’est tout. Passion jardinière sans concession. Sophie est une blogueuse bien plus assidue que L’Œil Végétal. Ses billets alternent visites et découvertes, étonnements et questionnements. Pour commencer avec bonheur, la jolie histoire du catalogue des graines partagées qui me rappelle ma rencontre avec les gens des jardins de La Piboulette. La dernière photo est tirée de ce billet.

Sur ce, je vous laisse. Et comme on dit sur La malle d’Henri – qui s’en revient tout bientôt c’est promis :

Rendez-vous à la prochaine livraison.

14-03-18, Graines de Sophie (1)